La sexologue Julie-Édith Gauthier nous éclaire sur les fantasmes, ses particularités, ses divers degrés et ce qui fait que certains sont sains et d’autres, problématiques. Texte: Eva L. Vous trouverez l’article original dans le magazine Coquine disponible en ligne.

Quelle est votre définition du mot fantasme?

«Lorsqu’on parle d’un fantasme, les gens voient souvent ça comme quelque chose qu’on voudrait réaliser et qui serait inatteignable. Mais, en sexologie, le fantasme est plutôt une image ou même une sensation excitante. Parfois, ça peut aussi être avoir l’impression d’être très désirable ou juste le fait d’avoir un flash ou un scénario en tête. C’est un peu plus large comme définition.»

Comment naissent-ils dans nos pensées, dans notre imaginaire?

«Ils naissent au début de l’adolescence, durant la période des premières expériences sexuelles, soit par quelque chose qu’on a vu à la télévision ou par la pornographie, qui va beaucoup influencer le monde imaginaire. Ça peut également être en lien avec des sensations. Par exemple, une image mentale apparaîtra et se liera aux premières stimulations sexuelles. Ça peut aussi être des textures, des personnes ou des dynamiques entre les personnes. On peut parler d’un lien entre ce qui se passe dans notre univers émotionnel, ce qu’on a vécu dans les derniers jours et l’image qu’on va se faire de ce qu’est la sexualité. Tout ça est encore un peu flou à l’adolescence. C’est la façon dont les premiers fantasmes vont naître. Par la suite, ils se développent selon les expériences qu’on vit, notre identité et nos besoins sexuels et relationnels.»

Est-ce sain de fantasmer?

«Oui, j’ai l’impression que tout le monde a des fantasmes, dans le sens qu’on a tous une représentation mentale de ce qui peut être excitant. Une personne disant ne pas en avoir n’a pas nécessairement de scénarios ou d’histoires en tête qu’elle veut mettre en action. Elle peut avoir une idée des sensations qu’elle veut ressentir au niveau des organes génitaux, soit par une stimulation précise du clitoris ou du vagin chez la femme, ou une pression au niveau du pénis chez l’homme. J’aurais tendance à dire qu’une personne n’ayant pas de fantasmes est moins attentive à ses envies ou qu’elle cherche à bloquer son univers personnel ou imaginaire.»

Quels sont les fantasmes les plus fréquents chez les hommes et les femmes?

«Pour les deux sexes, il y en a qui sont similaires, tels que penser à des relations précédentes, s’imaginer en train de séduire quelqu’un ou d’avoir des contacts sexuels précis, comme le cunnilingus ou la fellation. Si l’on veut s’attarder à des fantasmes plus spécifiques à la femme, on pensera au désir de se déshabiller devant une personne de l’autre sexe, de séduire, d’avoir un grand pouvoir d’attraction sexuelle et d’être très désirable. Chez les hommes, la fantasmatique va être plus orientée sur ce qui est visuel, comme voir une femme se déshabiller, et s’imaginer avoir un rapport avec une personne qui a beaucoup de désir sexuel ou encore avoir des relations avec plusieurs personnes à la fois. Il y a aussi les fantasmes lesbiens qui sont assez populaires chez les hommes.»

Les femmes et les hommes ont des fantasmes similaires

Est-ce que certains fantasmes sont plus problématiques?

«Dans la sexualité, il y a des zones plus perverses. Si l’on regarde dans le Code criminel, on verra qu’on y trouve des pratiques sexuelles qui sont dites déshumanisantes, moins acceptables dans les rapports humains. Je pense entre autres aux agressions sexuelles, à la zoophilie (un animal devient un objet de désir) ou à la scatophilie (le plaisir sexuel est provoqué par les excréments). Ces pratiques vont souvent avoir une composante haineuse, colérique ou vengeresse. Lorsque nous ressentons ces émotions, il y a quelque chose qui devient lourd dans notre sexualité, et celle-ci est moins enrichissante. À ce moment-là, ça devient problématique.»

Comment un fantasme peut-il devenir troublant?

«Il y a ceux qui enfreignent le Code criminel mais, aussi banal que ça puisse paraître, il y a le fantasme lié au fait qu’on est attiré par une autre personne que son partenaire. Ça devient alors troublant, puisqu’on peut croire qu’on n’a plus de désir pour son conjoint ou sa conjointe ou qu’on est obligé de passer à l’acte et de réaliser ce fantasme. Pour certaines personnes, la seule connotation du fantasme peut être troublante. Par exemple, je pense à ceux qui s’imaginent dans des postures humiliantes, gênantes ou qui portent à jugement. C’est troublant à partir du moment où le fantasme est différent de la perception qu’on a de soi

Ont-ils des répercussions dans la réalité?

«J’aurais tendance à dire que les fantasmes sont distrayants, surtout s’ils sont contraires à l’idée qu’on a de soi. Si l’on a régulièrement des flashs d’images qui ressemblent à des actes criminels, c’est certain que ça aura une influence sur notre vie. Plus réalistement, une femme qui a le désir d’avoir une relation avec un autre partenaire peut soudainement se questionner et avoir des doutes par rapport à son couple, et cela pourrait avoir des répercussions négatives sur son conjoint. Mais ça peut aussi le mettre au défi de se rendre plus désirable. Quant aux avantages liés au fantasme, disons qu’ils font que notre sexualité intérieure est plus consciente et qu’on est plus éveillée par rapport à ce qui nous excite. C’est sain d’avoir une sexualité qui ne passe pas seulement par l’autre.»

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Author Julie-Édith Gauthier

Julie-Édith c'est La Sexologue. Elle étudie la sexualité humaine à l'université pendant 6 ans. Passionnée des enjeux sur le genre et l'identité sexuelle, le désir, la dépendance sexuelle et l'imaginaire érotique. Elle est aussi psychothérapeute.

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