Je suis en amour avec l’amour. Toujours soit en amour, en train de tomber en amour, ou en train de panser mes blessures de guerre… parfois les trois en même temps et mes sentiments n’en sont jamais moins sincères. Cependant je ne suis pas ici pour parler de polyamour, mais bien de comment ma sexualité m’a inquiété à cause de “pannes d’érection” alors que l’image qu’on se fait d’un homme en est une irréalistement infaillible.

Quand c’est pas le fun de jouer au docteur

Pendant mes jeunes années de cégepiens, pour être franc, j’étais obsédé à l’idée d’être précoce, comme si c’était la plus grande honte qu’un homme puisse subir. Comme si ça me rendait indigne de la femme avec qui je partageais les plaisirs du corps, ou que j’étais moins homme si j’avais un orgasme avant elle. C’est arrivé quelques fois, toujours avec des excuses gênées et une sorte… d’autoflagellation subconsciente ou non. Je surévaluais beaucoup ce problème, je crois, alors que de toute façon, un peu de créativité et de contrôle de soi donnent une vie sexuelle enrichissante, mais c’était basé sur l’idée d’avoir le contrôle sur mon propre corps et je m’interdisais consciemment de venir avant que je considère que ma performance sexuelle avait été suffisante.

Avec le temps, j’ai l’impression d’avoir perdu le contrôle de cette interdiction d’avoir un orgasme et c’est devenu de plus en plus difficile et demandant. À un certain point, j’ai commencé à tomber en panne d’érection, surtout lors des premières fois avec des nouvelles partenaires. J’ai essayé de tout rationaliser en me disant que j’avais bu, que la partenaire ne me plaisait pas vraiment, que les phéromones qu’elle dégageait ne devaient pas concorder chimiquement avec les miennes et toutes sortes d’autres absurdités et défaites.

panne sexuelle érection (1)

C’est très difficile à vivre que de perdre son érection le temps de mettre un condom. C’est beaucoup de questions paniquantes qui surgissent dans ton esprit au même moment où tu te dis que tu as la responsabilité que ta partenaire devienne complètement démente par la force de ses orgasmes multiples que ton instinct d’homme conquérant et séducteur saura débloquer chez elle ! …quand on dit que les hommes aussi subissent une pression à cause du patriarcat, en v’là de la pression ! C’est mélangé à la complexité du sentiment d’anticipation, parce que quand ça fait longtemps que tu rêves de quelqu’un qui t’envoûte profondément et qu’elle te pousse contre le lit pour se déshabiller en dansant avec une sensualité qui dépasse les possibles de ton imagination et que ton érection n’embarque pas, tu te demandes en hostie qu’est-ce qui se passe et pendant que tu te poses des questions dans ta tête, tu ne vis pas le plaisir du corps !

C’est parfois une telle… surcharge d’émotions, d’informations, d’intensité. C’est énorme une première fois avec quelqu’un.

Pendant ce temps là, j’avais une partenaire principale. La seconde fois qu’on s’est vus après notre redécouverte (nous nous étions déjà fréquenté par le passé) de l’un et l’autre, je lui ai proposé qu’on ne couche pas ensemble. C’était un “statement” que je l’aimais au point de passer du temps avec elle pas “juste pour ça.” C’était aussi ce dont j’avais envie. Je n’étais pas prêt et je me suis respecté et elle était ravie. Les fois où on a fait l’amour subséquentes étaient stellaires et nous surprenaient parce qu’on ne pensait pas que ça pouvait devenir meilleur. J’ai aussi commencé à accepter le fait que parfois, j’avais besoin de me toucher moi même pour avoir un orgasme, que la pénétration ne ferait pas. D’autres fois, quand l’humeur était confiante et spontanée, surtout dans la nature, j’ai été surpris de ma facilité à avoir des orgasmes.

Puis j’ai eu un horrible one night avec une femme qui me mettait de la pression pour que je la pénètre et qui insistait alors que justement, je n’avais qu’un “semi-croquant” de disponible. J’avais plein d’autres ressources à offrir, mais c’était mon pénis qu’elle voulait et plus ça allait, moins ce dernier était dur. Le pire était quand elle insistait pour que je rentre en elle sans condom comme si ça allait régler le problème. Ça s’est terminé de façon décevante pour tout le monde.

C’est à ce moment que j’ai décidé d’en parler à Julie-Édith, La Sexologue.  Nos conversations m’ont aidé à mettre les choses en perspective comme quoi les premières fois sont souvent comme LA première fois et que je devais me recentrer par rapport aux attentes que j’ai envers mon corps. C’est normal qu’une décennie après nos 17 ans notre corps ne réagisse pas de la même façon. Elle m’a suggéré de tester de nouvelles approches avec mes futures amantes et penser en dehors de la boîte.

panne sexuelle érection (2)

Les trois sujets de l’étude

Quand j’ai proposé à Jen (ben non, c’est pas son vrai nom !) de faire de la science avec moi, afin d’explorer ce qui atténuerait mon malaise des premières fois, elle a été très réceptive. Elle m’est revenue peu après avec l’idée qu’elle se trouvait à être demi-sexuelle, c’est à dire, attirée uniquement par des gens envers qui elle ressent une amitié très vraie. We talked the talk and we walked the walk ! Un moment donné, les étoiles étaient enfin alignées, on a écouté un film ensemble et quand on s’est sauté dessus, j’ai même pas pris la peine d’enlever mon pantalon : je m’écoutais et vraiment, ça ne m’aurait pas dérangé, mais ça ne me tentait pas. Ce qui m’intéressait, c’était de découvrir son corps, jouer, la tenir très près de moi et j’avais l’impression d’avoir fait l’amour. J’ai noté les résultats de mon expérience scientifique. “Est-ce que tu veux faire de la science avec moi ?” reste le meilleur booty call possible !

Quand j’ai rencontré Cloé (cherchez pas, c’est pas son vrai nom !), la première soirée qu’on s’est vus, on s’est embrassés. Je lui ai parlé, avec humilité, que j’étais pas toujours à l’aise les premières fois alors qu’on marchait dans un parc. Elle a été une fois de plus très réceptive et compréhensive. “Ouais mais ça arrive tout le temps de toute façon pendant les one nights” m’avait-elle dit… et c’était pas la première fois que j’entendais ça. De toute évidence, la majorité d’hommes qui carburent aux one nights est un mythe. J’ai commencé à soupçonner que la plupart d’entre nous avaient besoin de temps avant d’être à l’aise les premières fois. De ce que j’ai pu observer dans mes cercles, la moitié des hommes connaissent ça. Deux semaines plus tard, j’étais de retour en ville et elle était disponible. Avec anticipation, vin et musique, on a enfin fait l’amour et c’était un très bon moment. On a eu chacun nos orgasmes, on s’est exploré et la pénétration était naturelle. Pour une première fois, c’était sain, excitant, simple et, oh par tous les dieux… extatique ! Mais nos étoiles ne furent pas alignées très longtemps, à mon grand malheur. Par contre ça a laissé de l’espace pour que je puisse rencontrer Lucie…

Lucie et moi partagions une connexion très intense qui est apparue très rapidement. La première soirée qu’on s’est parlé sur une application de rencontre, on s’est rencontré et après une bière on s’est sauté dessus.  Je n’ai pas vraiment eu besoin… en fait je n’ai pas eu le temps d’expliquer de long en large mes inquiétudes par rapport à mes performances, on était déjà en train de voyager dans des transes indescriptibles dûes à la surcharge de sensation de douleur et de plaisir. J’ai eu un orgasme et on a joué et joué encore et je ne me sentais en panne de rien jusqu’à ce que la fatigue domine mon corps entier. Moi qui croyais que je ne trouverais rien d’aussi passionné que ma relation précédente… je me tords de rire ! Oui, ça va en s’améliorant.

Ensuite j’ai revu Jen, et cette fois j’étais très à l’aise. Le temps de mettre un condom a été légèrement problématique, mais je n’ai pas laissé ça m’inquiéter, je savais ce que je voulais et j’ai en fait eu un orgasme très rapidement. Je me suis excusé en riant et elle avait un sourire aux lèvres, flattée. J’étais tellement heureux de sentir ma capacité à avoir des orgasmes “réparée” que je me suis laissé emporter.

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Analyse de la panne sexuelle et recommandation pour les autres chercheurs

Mon expérience scientifique a peut-être trop peu de données pour être vraiment concluante, mais sur trois nouvelles partenaires, il n’a fallu qu’un seul rapport qui n’était pas basé sur la performance de mon pénis pour retrouver beaucoup plus d’aisance avec tous mes rapports. J’ai surtout cessé de me donner l’attente que moi et elles ayons des orgasmes les premières fois, après tout, deux sur trois d’entre elles n’avaient des orgasmes qu’en de rares occasions. Cependant, le coeur de la solution réside dans la communication et une certaine forme de sincérité. Il n’y a pas de place pour l’orgueil en amour. Il faut s’admettre que les premières fois ne se passent pas comme dans les films, sortir de sa zone de confort et en parler avec des termes simples et vrais, comme : “Les premières fois, je ne suis pas toujours à l’aise, ça serait bien si on ne se donnait pas d’attentes pour ce soir. Mais on peut essayer des choses par contre…” Les femmes qui ont su mieux gérer avec cette situation ont simplement été compréhensives et ne s’inquiétaient pas de l’issue de ces jeux. De toute façon, elles étaient fatiguées de tout ce phallocentrisme et n’avaient en fait pas les attentes qu’on s’imagine qu’elles auraient. La vérité est qu’il faut plus que de l’attirance et de l’excitation pour avoir un rapport sexuel, il faut aussi avoir une aisance qui est propre à chaque relations et qui se réapprend avec chaque nouveaux partenaires. Parfois l’apprentissage requiert plus de temps, d’affection et de conversation. Pousser pour que le sexe arrive parce que ce serait la suite logique de l’escalade de tension sexuelle qui s’opère pendant la séduction est une construction de l’esprit et non un plaisir du corps, ainsi il est normal que le corps ne réponde pas.

Je me sens ultimement plus enthousiaste avec ma vie sexuelle et maintenant que je me donne la liberté de pouvoir être un piètre amant les premières fois, je me trouve un amant très décent. J’ai beaucoup d’amour à donner et j’accepte toutes les formes que cet amour pourra prendre, tant et aussi longtemps que ces façons d’aimer iront dans le sens de mes besoins, mes objectifs de vie et le respect mutuel. Qui plus est, il me semble que chaque fois que je tombe amoureux, ma capacité à aimer et à aimer MIEUX s’accroît, comme un muscle qui s’entraîne : t’es “racké” le lendemain, mais plus on le fait, moins ça fait mal et plus on devient forts.

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Author Anonyme

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