Être un homme, un vrai… quelque chose que vous avez déjà entendu? Malgré que les modèles de masculinité soient plus divers, les stéréotypes de la sexualité masculine sont ancrés. À quand la révolution sexuelle pour les hommes? Les sexologues sont bien placés pour voir les impacts que les stéréotypes de la masculinité ont sur la sexualité.

Un stéréotype est une image grossière et symbolique qui rassemble plusieurs aspects et jugements d’un groupe. Tout en sachant qu’un stéréotype ne s’agit pas de la réalité, on l’enregistre et on le reproduit. La pornographie en est un bon exemple. Ce n’est pas la réalité, pourtant qu’est-ce qui vous vient à l’esprit quand vous pensez à la taille moyenne du pénis chez l’homme? Dans la réalité, il faut pensez à la diversité.

Dans le traitement des problèmes sexuels chez l’homme, parler des mythes sexuels de la masculinité fait une différence importante. La lecture de cet article pourrait vous aider sexuellement, même sans en faire davantage.

Déjouer les pièges de la masculinité

En sexualité, il n’y a que la fréquence qui compte

Performer au travail, performer dans ses relations, performer au lit. Les hommes ont l’impression qu’ils doivent livrer la marchandise, que tant qu’il n’y a pas 3 relations sexuelles par semaine, la sexualité ne peut pas être satisfaisante. D’où vient cette statistique où les couples heureux ont des relations sexuelles 3 fois par semaine? Pour une raison qui m’échappe, tous les couples semblent avoir ce chiffre en tête. La réalité, c’est la diversité. Lorsqu’on en parle plus en détail, les hommes sont plus satisfaits lorsqu’ils sentent que le rapport sexuel représente la rencontre entre deux désirs. C’est parfois une fois aux deux semaines et c’est parfois plusieurs fois par semaine. Et on n’est responsable que de son propre désir. Ce qui m’amène au prochain point.

L’homme doit prendre en charge l’acte sexuel

Dans les stéréotypes sur la masculinité dans les relations hétérosexuelles, l’homme est le partenaire responsable. « Qu’est-ce que je dois faire pour que ma partenaire me désire davantage » vont dire les hommes. « Il ne fait rien pour me donner du désir » vont dire les femmes. Chaque personne est responsable de son propre plaisir et de son excitation. Plusieurs hommes se sentent gratifiés par les démonstrations de plaisir sexuel de leur partenaire, par exemple lorsqu’il y a éjaculation féminine, que la partenaire gémit fortement ou lorsqu’elle a des orgasmes multiples. Même en ayant une bonne technique sexuelle et une bonne présence sexuelle, le désir et le plaisir de l’autre personne n’est pas l’aboutissement de vos actions. Ici, vous devriez vous sentir soulagés, car vous ne pouvez pas être responsable de quelque chose qui ne vous appartient pas.

Bien entendu, vous pouvez influencer et contribuer au plaisir sexuel de votre partenaire. Toutefois, prendre en charge le rapport sexuel, c’est de se placer seul dans une dynamique à plusieurs. C’est croire qu’on est la seule personne à avoir une influence sur le déroulement de la relation sexuelle et de sa finalité. Les hommes qui ont cette croyance anticipent négativement les rapports sexuels et ont énormément de pression pour que tout se déroule bien. La réalité est qu’ils ne peuvent pas tout contrôler, ce qui augmente l’anxiété de performance et la crainte des réprimandes de leur partenaire.

Dire que tous les hommes ont le même désir sexuel c'est effacer l'individualité de chacun

Un homme est toujours prêt et en a toujours envie

Dire que tous les hommes ont tous le même désir sexuel c’est effacer l’individualité de chacun. Si l’homme est le plus souvent (mais pas toujours) le partenaire qui a le plus de désir, il n’en a pas toujours envie. Cette croyance affecte aussi les femmes qui croient que dès que leur partenaire est en érection, c’est parce qu’il a du désir sexuel.  L’érection est avant tout une réaction réflexe du corps masculin.

Les hommes et les femmes peuvent être rapidement frustrés s’il n’y a pas d’érection, parce qu’il n’est pas « normal » qu’un homme n’ait pas envie d’une relation sexuelle. La réalité est que le désir est multifactoriel. Les hommes, comme tout le monde, sont affecté par leur état intérieur. Cela veut dire que si tu penses à ton érection, que tu aurais préféré ne pas coucher avec cette fille-là le premier soir, que tu as pris quelques verres et que tu te sens fatigué, c’est « normal » de ne pas en avoir envie. Et si tu en as envie et que tu n’as pas d’érection, c’est « normal » aussi.

Sans érection, il n’y a pas de relation sexuelle

L’érection, symbole même de la masculinité. C’est une contrainte dans laquelle plusieurs hommes se placent. D’un côté, c’est de croire qu’on doit absolument avoir une érection tout en sachant, de l’autre côté, qu’on est incapable de la provoquer en tout temps. L’érection peut être favorisée par la détente, mais elle n’est pas commandée.

Lorsqu’un homme éprouve de la difficulté à avoir une érection, il peut parfois utiliser l’érection matinale pour avoir une relation sexuelle, et ce, même s’il n’a pas de désir sexuel. Qu’est-ce qui fait le plus de sens pour vous, avoir du sexe lorsque vous avez une érection ou avoir du sexe lorsque vous en avez le désir? Bien entendu, l’érection est une bonne chose, mais un pénis reste sensible même sans érection et cela peut valoir la peine de le vérifier. C’est l’obligation d’avoir une érection à tout prix qui diminue la possibilité d’en obtenir une. Cette idée cache un autre mythe de la masculinité où le sexe, c’est la pénétration.

Le sexe, c’est la pénétration

Dans mon bureau de consultation, les gens classent les contacts sexuels selon deux catégories : les préliminaires et la pénétration du pénis dans le vagin. On parle des préliminaires comme d’une étape vers la pénétration, comme si les contacts oraux, les caresses et les câlins n’étaient pas sexuels. Dans une perspective hétéro-centrée, il n’est pas étonnant que les pratiques sexuelles des homosexuels semblent flou pour les hétéro ou les adolescents. Pour plusieurs, c’est la pénétration qui fait office de sexualité. Ce qui amène la plupart des gens à imaginer que la sexualité des hommes gays se résume à la sodomie et que celle des femmes lesbiennes… eh bien elle est là pour exciter les hommes hétéro. Qu’est-ce que le sexe si on ne peut pas insérer un pénis dans un vagin?

En croyant que la pénétration est la finalité d’un rapprochement sexuel, on se prive de découvrir ce qu’on aime réellement. Et si un homme préfère la masturbation ou la fellation à la pénétration? Vous vous souvenez que réalité égale à diversité? Cette idée que la pénétration est le but du rapprochement sexuel augmente la pression sexuelle et ne favorise pas la rencontre de deux désirs.

En bref, dans la sexualité masculine

Les hommes n’ont pas à être des surhommes et peuvent demander à leur partenaire de prendre en charge la sexualité. Il se peut que vous ayez un désir plus faible qui soit tout à fait normal et sain si votre désir a toujours été le même dans votre vie. Certaines femmes ont beaucoup plus de plaisir avec des hommes qui misent sur les caresses. La première étape est de rester à l’écoute de vos préférences personnelles tout en évitant de vous comparer à une norme perçue et imaginaire.

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Author Julie-Édith Gauthier

Julie-Édith c'est La Sexologue. Elle étudie la sexualité humaine à l'université pendant 6 ans. Passionnée des enjeux sur le genre et l'identité sexuelle, le désir, la dépendance sexuelle et l'imaginaire érotique. Elle est aussi psychothérapeute.

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