En matière de consentement sexuel, j’ai l’impression qu’on envoie souvent le message que les hommes sont insensibles au plaisir de leur partenaire. Alors que c’est complètement faux! Les capsules d’éducations sont parfois moralisantes et teintées d’une frustration pour le plaisir masculin. Les explications faites sur le consentement sexuel ont souvent un ton culpabilisation pour les hommes. Comme si la drive masculine était quelque chose d’égoïste et d’agressant.

Ces campagnes éducatives sur le consentement sexuel sont très populaires sur Internet, mais elles n’envoient pas le bon message.

Dans la sexualité et dans la séduction, il est normal qu’il y ait de la spontanéité et des tentatives de convaincre l’autre. La séduction passe par des essais et aussi des erreurs. On évalue si l’autre est « in » et on cherche à vendre notre salade. Ça veut aussi dire de convaincre et d’insister. À quel point peut-on insister sans que cela tombe dans le harcèlement et l’agression sexuelle? Les publicités sur le consentement sexuel n’aident pas à faire cette distinction. C’est un sujet très sensible à aborder tout en nuances.

Signes non verbaux du manque de consentement sexuel

Si on prenait pour acquis que la plupart des gens ont de bonnes intentions (ce qui n’est pas toujours le cas), il y aurait tout de même des mises en garde à faire. Le consentement sexuel c’est plus que de dire « oui » ou « non ». 90% de la communication se fait par le non verbal (ton, geste, expression faciale, etc. Cela signifie que lorsque vous prendrez le temps de vous assurer que votre partenaire a l’envie d’avoir des contacts sexuels, le non verbal est tout aussi important.

Une personne qui n’est pas consentante n’a pas toujours les mots pour le dire. En fait, la plupart des couples ne parlerons pas de sexe. C’est déjà difficile pour la majorité des gens de dire ce qu’ils aiment dans les pratiques sexuelles avec leur partenaire amoureux, imaginez dire ce que vous n’aimez pas avec une personne que vous ne connaissez pas. Ces signes non verbaux peuvent démontrer que votre partenaire sexuelle n’est pas consentante.

  • Faire l’étoile

  • Se taire et ne rien dire

  • Avoir une expression faciale qui démontre un inconfort ou un malaise

  • Un déplacement dans l’environnement physique (la personne s’éloigne physiquement de vous, s’assoie sur un autre divan, change de pièce, va aux salles de bain, se place derrière un comptoir)

  • Faire semblant d’être endormi

  • Éviter de croiser le regard

  • Changement d’attitude en cours de préliminaire ou de rapprochement

Peut-être que votre partenaire a quelque chose qui la préoccupe, peut-être qu’elle n’est pas suffisamment excitée, peut-être qu’elle ressent de la douleur, peut-être qu’elle a accepté pour ne pas vous décevoir… les hypothèses sont infinies. La seule façon de vraiment savoir ce qui se passe est de le demander.

Au début d’une relation, on ne connait pas tout du passé de l’autre personne et on peut avoir plus de difficulté à décrypter les messages non verbaux. Le pire serait d’ignorer les signaux non verbaux et de continuer les avances sexuelles ou le rapport sexuel.

Plusieurs personnes craignent qu’en parlant de sexualité ou qu’en prenant le temps de préciser ce qu’ils aiment ou ce qu’ils n’aiment pas, la relation sexuelle se termine de façon brusque. C’est tout à fait correct d’arrêter en cours de séduction ou pendant la relation sexuelle si on a un doute raisonnable que l’autre n’a pas envie d’avoir cette relation sexuelle. Si l’autre personne a réellement envie d’avoir un rapport sexuel, alors la relation sexuelle aura lieu. Si l’autre personne a des doutes, elle pourra alors les exprimer et décider consciemment si elle préfère arrêter ou continuer la relation sexuelle.

Et la plupart du temps, ce n’est pas de votre faute si votre partenaire n’a pas envie d’avoir une relation sexuelle!

Le désir sexuel n’est pas basé sur la performance sexuelle de l’autre. Au contraire, le désir sexuel part de soi, de nos propres dispositions à avoir un rapport sexuel.

Consentement sexuel et drogues

Beaucoup de rencontres sexuelles se font alors qu’il y a eu de la consommation d’alcool. Dans les premières rencontres, il est très courant qu’on prenne un verre pour se détendre, deux pour se laisser aller et plus si on souhaite lâcher son fou. La loi dit qu’il n’y a pas de consentement après une consommation exagérée d’alcool ou de drogue. L’alcool est la drogue la plus souvent utilisée lors des agressions sexuelles. Cela ne veut pas dire qu’il faut éviter d’avoir des relations sexuelles en état de consommation, mais plutôt de prendre des mesures supplémentaires dans ces situations. On peut se demander si la personne va se rappeler de la soirée, si sa réponse serait la même à jeun, si elle serait en mesure de conduire dans cet état, etc.

La sexualité demande de prendre certaines choses en considération comme la transmission des ITSS et le risque de grossesses non désirée. S’assurer que son partenaire en a envie en fait aussi partie. La loi mentionne qu’on doit prendre des mesures raisonnables pour s’assurer du consentement de son partenaire. La loi ne définit pas ce qui est une mesure raisonnable. Si une personne est accusée d’avoir agressé sexuellement, elle peut plaidoyer qu’elle croyait réellement au consentement de son partenaire. Cette défense s’appelle « croyance sincère mais erronée au consentement ». Parce qu’il est possible de se tromper, même avec les meilleures intentions du monde et des précautions raisonnables.

Laci Green (une youtubeuse très populaire qui aborde le sexe) fait une démonstration très claire des différentes manières de clarifier le consentement sexuel dans son vidéo « Wanna have sex? Consent 101 » (sous-titré en Français). Elle reprend aussi des éléments abordés dans ce texte.

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Author Julie-Édith Gauthier

Julie-Édith c'est La Sexologue. Elle étudie la sexualité humaine à l'université pendant 6 ans. Passionnée des enjeux sur le genre et l'identité sexuelle, le désir, la dépendance sexuelle et l'imaginaire érotique. Elle est aussi psychothérapeute.

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